Le Dhamma de la Forêt

Impermanence

Ajahn Tiradhammo

Traduit par Jeanne Schut

http://www.dhammadelaforet.org/



 Ajahn Thiradhammo réside depuis quelques années au monastère Wat Buddha Dhamma en Australie. Du fait des terribles incendies qui ont ravagé ce pays l’hiver 2019, il a connu, avec le reste de la communauté monastique, trois évacuations urgentes du monastère à quelques jours d’intervalle. Quatre-vingt pour cent du monastère a résisté aux flammes mais le kouti [petite cabane ou vivent et méditent les moines de la forêt] d’Ajahn Thiradhammo a entièrement brûlé et il a perdu nombre d’objets personnels. Dans l’article dédié à ce récit dans son blog (http://tiradhammo.blogspot.com, décembre 2019), il conclut sur un passage intitulé « Impermanence », une leçon douloureusement apprise de première main.


Même si toutes les situations de la vie sont une occasion de contempler le changement, ce sont des moments extrêmes comme celui-ci qui nous rappellent avec force la vérité de l'impermanence. Le plus souvent, nous contemplons l'impermanence dans un environnement relativement sûr et sécurisé, de sorte que cette contemplation est plutôt abstraite : « Oui, les choses sont impermanentes, mais pas moi. » Et puis soudain, en un clin d'œil, notre monde est bouleversé et, si nous n'avons pas sérieusement compris l'impermanence en profondeur, nous risquons d’être submergés par la souffrance, à tous les niveaux.

L'un des bâtiments qui a brûlé était le kouti Mahathera où je logeais. Au début, quelqu'un qui avait vu des images de l’incendie à la télévision nous a dit qu’il s’agissait du bâtiment central du monastère et la nouvelle était triste. Mais lorsqu’il s’est finalement avéré qu’il s’agissait en réalité de mon kouti, j'ai dû ravaler une petite tragédie personnelle en pensant aux objets que j'avais laissés derrière moi !

Je ne me suis pas encore habitué à la situation où les gens souhaitent m'offrir quelque chose et ma première pensée est que je l'ai déjà. Ensuite seulement, je me rends compte qu'en fait, cette chose a disparu en fumée avec mon ancien logement ! Fait intéressant, après réflexion, j’ai réalisé que ce n’était pas tant la perte de ces objets qui me chagrinait mais plutôt mon identification à eux qui m’avait donné le sentiment d’être un « moi » et d’avoir des choses « miennes ». Il s’agissait de choses associées à mon histoire, comme un fossile ramassé sur la côte rocheuse du Portugal ; il y avait des objets qui soulageaient des douleurs personnelles, comme ces chaussettes qui stimulent la circulation pour les douleurs aux pieds ; il y avait ma sélection de thés préférés, etc.

Dans un sens, bien sûr, de telles situations peuvent être positives pour nous aider à nous libérer de l'identification. Pourtant, en ce qui me concerne, même si rien de tout cela n'était irremplaçable, j’ai ressenti du chagrin, comme une perte de « moi » et une sorte de dislocation, avant que le sentiment d’un (nouveau) « moi » ne soit rétabli – en espérant que celui-ci soit plus en phase avec l'impermanence inévitable et continue.

Le Bouddha a souvent encouragé la contemplation de l'impermanence comme l'un des moyens qui mènent directement à la libération. D'autres fois, il a également inclus la contemplation de dukkha, la souffrance, car l'impermanence est toujours désagréable pour le « moi » dont l’essence même est l’illusion de la permanence et le besoin de sécurité. Et cela peut conduire à une compréhension plus profonde d’anatta, la non-existence d’un « moi » stable, dans la mesure où ce qui est impermanent et souffrance ne peut certainement pas être un « moi » stable.

Nous supposons aveuglément que nous tenons les rênes de notre vie. Cependant, la vérité ultime est que notre vie est contrôlée par les éléments de la terre, du feu, de l'eau et de l'air. Nous pouvons toujours fulminer et les maudire lorsqu'ils sont extrêmes, mais nous devons comprendre qu'en réalité, ces éléments étaient là bien avant nous. Ils ne font que suivre leur nature de manière impersonnelle – c'est nous qui nous trouvons sur leur chemin.