Le Dhamma de la Forêt


La juste observance des jours de lune (uposatha)

Muluposatha Sutta, AN 3.70 *

Sutta traduit et présenté
par Jeanne Schut

http://www.dhammadelaforet.org/


Les jours d’observance lunaire sont les jours de pleine et de nouvelle lune ainsi que les jours de demi-lune. Il y en a donc un chaque semaine, comme l’indique le calendrier.
Le Bouddha a fait l’éloge des laïcs qui, ce jour-là, vont méditer dans un monastère ou qui, chez eux comme au travail, suivent huit préceptes au lieu de cinq pendant 24 heures. Ces jours sont une merveilleuse occasion de ressourcer sa pratique en évitant toutes les dispersions habituelles du quotidien. De plus, savoir que, ce jour-là, des millions de personnes de par le monde pratiquent la méditation avec plus d’intensité et étudient le Dhamma plus profondément, est un encouragement à ne pas négliger.
 Voici l’un des nombreux discours du Bouddha où il explique clairement comment bénéficier au mieux de l’observance des jours de lune.


À une certaine occasion, le Bouddha séjournait près de Savatthi dans le monastère oriental, le palais offert par Visakha, celle qu’on appelait « la mère de Migara ». Comme ce jour-là était jour d’uposatha (observance lunaire), Visakha se rendit auprès du Bouddha au milieu de la journée puis, après s’être inclinée devant lui, elle s’assit sur le côté. Alors qu'elle était assise là, le Bouddha lui dit : « Eh bien, Visakha, pourquoi viens-tu au milieu de la journée ?

« Aujourd'hui, j'observe l'uposatha, Vénérable. »

« Visakha, il y a trois façons d’observer l’uposatha. Quelles sont-elles ? L'uposatha d'un gardien de bétail, l'uposatha des Jaïns et l'uposatha des Nobles Êtres.

«Et qu'est-ce que l'uposatha d'un gardien de bétail ? Tout comme un gardien qui rend le bétail à ses propriétaires en fin d’après-midi se dit: ‘Aujourd'hui, les bêtes sont allées à tel et tel endroit et elles ont bu à tel et tel endroit ; demain, elles iront à tel autre endroit et boiront à tel autre endroit’, de la même manière, certaines personnes qui observent l’uposatha se disent : ‘Aujourd’hui, j’ai mangé tels aliments de base et tels autres aliments. Demain je mangerai tels aliments de base et tels autres aliments.’ Elles passent la journée avec une conscience imprégnée de cette convoitise, de cette avidité. Tel est l'uposatha d'un gardien de bétail, Visakha. Lorsqu’on entreprend ce type d’uposatha, ce n’est ni d’un grand fruit ni d’un grand bénéfice, ni d’une grande gloire ni d’un grand rayonnement.


«Et qu’est-ce que l'uposatha des Jaïns? Il y a des contemplatifs appelés les Nigaṇṭhas ou Jaïns. Ils demandent à leurs disciples de pratiquer la bonté et la bienveillance envers certains êtres – ‘Ceux qui vivent à plus de 100 lieues à l’est… à plus de 100 lieues à l’ouest… à plus de 100 lieues au nord… à plus de 100 lieues au sud’ – mais pas envers les autres. Et les jours d’uposatha, ils demandent à leurs disciples de pratiquer ainsi : ‘Après avoir ôté tous vos vêtements, dites ceci: ‘Je ne suis rien par rien ni de rien. Ainsi, il n'y a rien par rien ni de rien qui soit à moi.’ Et pourtant, leurs parents savent d’eux que ces sont leurs enfants, et ils savent d'eux que ce sont leurs parents. Leurs femmes et leurs enfants savent : ‘Ceci est notre mari et notre père’, et ils savent d'eux : ‘Voici ma femme et mes enfants.’ Leurs ouvriers et leurs esclaves savent d’eux : ‘Ceci est notre maître’ et ils savent d’eux : ‘Ceux-là sont mes ouvriers et mes esclaves.’ Ainsi, à un moment où on devrait les engager à suivre la vérité, on les engage à suivre le mensonge. À la fin de la journée et de la nuit d’uposatha, ils reprennent l’usage de leurs biens, alors qu’on ne les leur a pas rendus. Cela revient à voler, je vous le dis. Tel est l'uposatha des Jaïns, Visakha. Lorsque cet uposatha des Jaïns est suivi, il n’est ni d’un grand fruit ni d’un grand bénéfice, ni d’une grande gloire ni d’un grand rayonnement.


« Et qu’est-ce que l’uposatha des Nobles Êtres ? C'est la purification de l'esprit obscurci au moyen d’une technique appropriée. Et comment l'esprit obscurci est-il purifié par la technique appropriée ?

« Un disciple des Nobles Êtres se souvient du Tathagata ainsi : ‘En vérité, le Bouddha est digne et parfaitement éveillé par lui-même, parfait en connaissance et en conduite, ayant tout transcendé, connaisseur de l’univers, entraîneur incomparable de ceux qui sont aptes à être formés, enseignant des dévas et des êtres humains, illuminé, béni.’ Tandis qu'il évoque ainsi le Tathagata, son esprit s’apaise et la joie apparaît. Ce qui obscurcissait son esprit est abandonné, tout comme lorsqu’on se lave la tête avec la technique appropriée. Et comment se lave-t-on la tête avec la technique appropriée? Grâce à l'utilisation d’une pâte cosmétique et d'argile et avec l'effort humain approprié. C'est ainsi qu’on se lave la tête avec la technique appropriée. De la même manière, l'esprit obscurci est purifié par la technique appropriée. Et comment l'esprit obscurci est-il purifié par la technique appropriée ? Un disciple des Nobles Êtres se souvient du Tathagata… Tandis qu'il évoque le Tathagata, son esprit est purifié et la joie apparaît ; ce qui obscurcissait son esprit est abandonné. Il est alors appelé « disciple des Nobles Êtres qui pratique l’uposatha du Bouddha. » Il vit avec le Bouddha. C'est grâce au Bouddha que son esprit s’apaise, que la joie naît et que tout ce qui obscurcissait son esprit est abandonné. C'est ainsi que l'esprit est purifié grâce à la technique appropriée.


« Encore une fois, l'uposatha des Nobles Êtres est la purification de l'esprit obscurci au moyen de la technique appropriée. Et comment l'esprit obscurci est-il purifié par la technique appropriée ?

 « Un disciple des Nobles Êtres se souvient du Dhamma ainsi : ‘Le Dhamma est bien enseigné par le Bouddha, visible ici et maintenant, intemporel, invitant à la vérification, pertinent, il est expérimenté directement par celui qui observe le monde.’ Tandis qu'il évoque ainsi le Dhamma, son esprit s’apaise et la joie apparaît. Ce qui obscurcissait son esprit est abandonné, tout comme lorsque le corps est lavé avec la technique appropriée. Et comment le corps est-il lavé avec la technique appropriée ? Par l'utilisation de boules à récurer et de poudre de bain et avec l'effort humain approprié. Voilà comment le corps est lavé grâce à la technique appropriée. De la même manière, l'esprit obscurci est purifié avec la technique appropriée. Et comment l'esprit obscurci est-il purifié avec la technique appropriée ? Un disciple des Nobles Êtres se souvient du Dhamma… Tandis qu'il évoque le Dhamma, son esprit est purifié et la joie apparaît ; ce qui obscurcissait son esprit est abandonné. Il est alors appelé « disciple des Nobles Êtres qui pratique l’uposatha du Dhamma ». Il vit avec le Dhamma. C’est grâce au Dhamma que son esprit s’apaise, que la joie naît et que tout ce qui obscurcissait son esprit est abandonné. C'est ainsi que l'esprit est purifié grâce à la technique appropriée.


« Encore une fois, l'uposatha des Nobles Êtres est la purification de l'esprit obscurci au moyen de la technique appropriée. Et comment l'esprit obscurci est-il purifié par la technique appropriée ?

« Un disciple des Nobles Êtres se souvient du Sangha ainsi : ‘Les disciples du Sangha du Bouddha qui ont bien pratiqué… qui ont pratiqué directement… qui ont pratiqué méthodiquement… qui ont pratiqué avec maîtrise – autrement dit les quatre types [de nobles disciples] pris par paires, les huit types pris individuellement1 – constituent le Sangha des disciples du Bouddha : ils méritent des dons, méritent l'hospitalité, méritent des offrandes, méritent le respect, ils sont un domaine de mérite incomparable pour le monde.’ Tandis qu’il évoque ainsi le Sangha, son esprit s’apaise et la joie apparaît. Ce qui obscurcissait son esprit est abandonné, tout comme lorsque des vêtements sont nettoyés avec la technique appropriée. Et comment les vêtements sont-ils nettoyés avec la technique appropriée ? Grâce à l'utilisation de terre salée, de lessive, de bouse de vache et avec l'effort humain approprié. Voilà comment les vêtements sont nettoyés avec la technique appropriée. De la même manière, l'esprit obscurci est purifié par la technique appropriée. Et comment l'esprit obscurci est-il purifié par la technique appropriée ? Un disciple des Nobles Êtres se souvient du Sangha… Tandis qu'il évoque le Sangha, son esprit est purifié et la joie apparaît ; ce qui obscurcissait son esprit est abandonné. Il est alors appelé « disciple des Nobles Êtres qui pratique l’uposatha du Sangha ». Il vit avec le Sangha. C'est grâce au Sangha que son esprit s’apaise, que la joie naît et que tout ce qui obscurcissait son esprit est abandonné. C'est ainsi que l'esprit est purifié grâce à la technique appropriée.


« Encore une fois, l'uposatha des Nobles Êtres est la purification de l'esprit obscurci au moyen de la technique appropriée. Et comment l'esprit obscurci est-il purifié par la technique appropriée ?

« Un disciple des Nobles Êtres se souvient de ses propres vertus ainsi : ‘[Elles sont] intactes, non brisées, non salies, non éclaboussées, libératrices, louées par ceux qui les constatent, non saisies, porteuses de concentration.’ Tandis qu'il évoque ainsi la vertu, son esprit s’apaise et la joie apparaît. Ce qui obscurcissait son esprit est abandonné, tout comme lorsqu’un miroir est nettoyé avec la technique appropriée. Et comment un miroir est-il nettoyé avec la technique appropriée ? Grâce à l'utilisation d’huile, de cendres, de peau de chamois et avec l'effort humain approprié. Voilà comment un miroir est nettoyé avec la technique appropriée. De la même manière, l'esprit obscurci est purifié par la technique appropriée. Et comment l'esprit obscurci est-il purifié par la technique appropriée ? Un disciple des Nobles Êtres se souvient de ses propres vertus… Tandis qu'il évoque la vertu, son esprit est purifié et la joie apparaît ; ce qui obscurcissait son esprit est abandonné. Il est alors appelé « disciple des Nobles Êtres qui pratique l’uposatha de la vertu ». Il vit avec la vertu. C’est grâce à la vertu que son esprit s’apaise, que la joie naît et que tout ce qui obscurcissait son esprit est abandonné. C'est ainsi que l'esprit est purifié grâce à la technique appropriée.


« Encore une fois, l'uposatha des Nobles Êtres est la purification de l'esprit obscurci au moyen de la technique appropriée. Et comment l'esprit obscurci est-il purifié par la technique appropriée ?

« Un disciple des Nobles Êtres se souvient des dévas2 ainsi : ‘Il y a les dévas des quatre grands rois, les dévas des trente-trois déités, les dévas des yamas, les dévas heureux, les dévas enchantés par la création, les dévas qui inspirent la créativité, des dévas qui entourent Brahma, et les dévas au-delà de ceux-ci. Quelles que soient les convictions dont ces êtres étaient dotés et qui [en quittant cette vie] sont réapparues là-bas, la même sorte de conviction est présente en moi. Quelles que soient les vertus dont ils étaient dotés et qui [en quittant cette vie] sont réapparues là-bas, la même sorte de vertu est présente en moi. Quelles que soient les connaissances dont ils étaient dotés et qui [en quittant cette vie] sont réapparues là-bas, la même sorte de connaissance est présente en moi. Quel que soit le degré de générosité dont ils étaient dotés et qui [en quittant cette vie] est réapparu là-bas, le même degré de générosité est présent en moi. Quel que soit le degré de sagesse dont ils étaient dotés et qui [en quittant cette vie] est réapparu là-bas, le même degré de sagesse est présent en moi.’ Tandis qu'il évoque ainsi les dévas, son esprit s’apaise et la joie apparaît. Ce qui obscurcissait son esprit est abandonné, tout comme lorsque l’or est nettoyé avec la technique appropriée. Et comment l’or est-il nettoyé avec la technique appropriée ? Grâce à l'utilisation d’un four, de terre salée, de craie rouge, d’un soufflet, de pincettes et avec l'effort humain approprié. Voilà comment l’or est nettoyé par la technique appropriée. De la même manière, l'esprit obscurci est purifié par la technique appropriée. Et comment l'esprit obscurci est-il purifié par la technique appropriée ? Un disciple des Nobles Êtres se souvient des dévas… Tandis qu'il évoque les dévas, son esprit est purifié et la joie apparaît ; ce qui obscurcissait son esprit est abandonné. Il est alors appelé « disciple des Nobles Êtres qui pratique l’uposatha des dévas ». Il vit avec les dévas. C’est grâce aux dévas que son esprit s’apaise, que la joie naît et que tout ce qui obscurcissait son esprit est abandonné. C'est ainsi que l'esprit est purifié grâce à la technique appropriée.


« Ensuite, le disciple des Nobles Êtres réfléchit ainsi : ‘Tant qu’ils restent en vie, les arahants, ayant cessé de prendre la vie, s'abstiennent de prendre la vie. Ils n’utilisent plus le bâton ni le couteau, scrupuleux, miséricordieux, ils ressentent de la compassion et souhaitent le bonheur à tous les êtres vivants. Aujourd'hui, moi aussi, pour toute la durée de ce jour et de cette nuit, je m’abstiens de prendre la vie. Mon bâton est posé, mon couteau est posé, scrupuleux, miséricordieux, je ressens de la compassion et souhaite le bonheur à tous les êtres vivants. Agissant ainsi, j'imite les arahants, et mon uposatha sera observé.’

« Ensuite, le disciple des Nobles Êtres réfléchit ainsi : ‘Tant qu’ils restent en vie, les arahants, ayant cessé de prendre ce qui ne leur est pas offert, s'abstiennent de prendre ce qui ne leur est pas offert. Ils ne prennent que ce qui leur est offert, n’acceptent que ce qui leur est offert, ne vivent pas à la dérobée mais avec un « moi » purifié. Aujourd'hui, moi aussi, pour toute la durée de ce jour et de cette nuit, cessant de prendre ce qui ne m’est pas offert, je m’abstiens de prendre ce qui ne m’est pas offert. Je ne prends que ce qui est offert, n’accepte que ce qui m’est offert ; je ne vis pas à la dérobée mais avec un « moi » purifié. Agissant ainsi, j'imite les arahants, et mon uposatha sera observé.’

« Ensuite, le disciple des Nobles Êtres réfléchit ainsi : ‘Tant qu’ils restent en vie, les arahants, ayant abandonné les relations sexuelles, mènent une vie d’abstinence, s’abstenant de relations sexuelles, contrairement aux gens ordinaires. Aujourd'hui, moi aussi, pour toute la durée de ce jour et de cette nuit, j’abandonne les relations sexuelles, je mène une vie d’abstinence, m’abstenant de relations sexuelles, contrairement aux gens ordinaires. Agissant ainsi, j'imite les arahants, et mon uposatha sera observé.’

« Ensuite, le disciple des Nobles Êtres réfléchit ainsi : ‘Tant qu’ils restent en vie, les arahants, ayant abandonné le mensonge, s’abstiennent de mentir. Ils disent la vérité, s’en tiennent à la vérité ; ils sont stables, fiables et ne trompent pas le monde. Aujourd'hui, moi aussi, pour toute la durée de ce jour et de cette nuit, je m’abstiens de mentir. Je dis la vérité, m’en tiens à la vérité ; je suis stable, fiable et je ne trompe pas le monde. Agissant ainsi, j'imite les arahants, et mon uposatha sera observé.’

« Ensuite, le disciple des Nobles Êtres réfléchit ainsi : ‘Tant qu’ils restent en vie, les arahants, ayant abandonné la consommation d’alcool et de drogues qui engendrent un manque de présence et de conscience, s’abstiennent de consommer alcool et drogues. Aujourd'hui, moi aussi, pour toute la durée de ce jour et de cette nuit, je m’abstiens de consommer alcool et drogues qui engendrent un manque de présence et de conscience. Agissant ainsi, j'imite les arahants, et mon uposatha sera observé.’

« Ensuite, le disciple des Nobles Êtres réfléchit ainsi : ‘Tant qu’ils restent en vie, les arahants ne consomment qu’un repas par jour, s’abstenant de consommer de la nourriture après midi. Aujourd'hui, moi aussi, pour toute la durée de ce jour et de cette nuit, je ne consomme qu’un repas et je m’abstiens de consommer de la nourriture après midi. Agissant ainsi, j'imite les arahants, et mon uposatha sera observé.’

« Ensuite, le disciple des Nobles Êtres réfléchit ainsi : ‘Tant qu’ils restent en vie, les arahants s’abstiennent de danser, de chanter, de faire ou d’écouter de la musique, d’assister à des spectacles et de s’embellir au moyen de vêtements, de bijoux ou de cosmétiques. Aujourd'hui, moi aussi, pour toute la durée de ce jour et de cette nuit, je s’abstiens de danser, de chanter, de faire ou d’écouter de la musique, d’assister à des spectacles et de m’embellir au moyen de vêtements, de bijoux ou de cosmétiques. Agissant ainsi, j'imite les arahants, et mon uposatha sera observé.’

« Ensuite, le disciple des Nobles Êtres réfléchit ainsi : ‘Tant qu’ils restent en vie, les arahants, ayant abandonné l’usage de sièges et de lits hauts et confortables, s’abstiennent d’utiliser des sièges et des lits hauts et confortables. Ils utilisent une couche basse ou un coussin de paille. Aujourd'hui, moi aussi, pour toute la durée de ce jour et de cette nuit, j’abandonne l’usage de sièges et de lits hauts et confortables, je m’abstiens d’utiliser des sièges et des lits hauts et confortables. J’utilise une couche basse ou un coussin de paille. Agissant ainsi, j'imite les arahants, et mon uposatha sera observé.’


« Tel est l’uposatha des Nobles Êtres, Visakha. Lorsque cet uposatha des Nobles Êtres est entrepris, il porte de grands fruits et de grands bénéfices, un grand éclat et un grand rayonnement. Et comment est-il de grand fruit et de grand bénéfice, de grand éclat et de grand rayonnement ?

« Supposons qu’une personne règne en souverain sur ces seize grands pays regorgeant des sept trésors, c'est-à-dire sur les Angas, les Magadhans, les Kasis, les Kosalans, les Vajjians, les Mallans, les Cetis, les Vamsas, les Kurus, les Pañcalas, les Macchas, les Surasenas, les Assakas, les Avantis, les Gandharans et les Kambojans. Eh bien, cela ne vaudrait pas le seizième de cet uposatha aux huit facteurs. Pourquoi donc ? Parce que régner sur les êtres humains est bien peu de chose comparé à la félicité céleste.

« Cinquante années humaines équivalent à un jour et une nuit dans la sphère des dévas des quatre grands rois. Trente de ces jours et de ces nuits font un mois. Douze de ces mois font une année. Cinq cents de ces années célestes constituent la durée de vie dans la sphère des dévas des quatre grands rois. Or, il est possible qu'un homme ou une femme – pour avoir observé cet uposatha aux huit facteurs – au moment de la dissolution du corps, après la mort, renaisse parmi les dévas de la sphère des quatre grands rois. C’est à ce propos qu’il a été dit : « Régner sur les êtres humains est bien peu de chose comparé à la félicité céleste. »

« Un siècle humain équivaut à un jour et une nuit dans la sphère des dévas des trente-trois déités. Trente de ces jours et de ces nuits font un mois. Douze de ces mois font une année. Mille de ces années célestes constituent la durée de vie dans la sphère des dévas des trente-trois déités. Or, il est possible qu'un homme ou une femme – pour avoir observé cet uposatha aux huit facteurs – au moment de la dissolution du corps, après la mort, renaisse parmi les dévas de la sphère des trente-trois déités. C’est à ce propos qu’il a été dit : « Régner sur les êtres humains est bien peu de chose comparé à la félicité céleste.

« Deux siècles humains équivalent à un jour et une nuit dans la sphère des dévas des yamas… Deux mille de ces années célestes constituent la durée de vie dans la sphère des dévas des yamas…

« Quatre siècles humains équivalent à un jour et une nuit dans la sphère des dévas heureux… Quatre mille de ces années célestes constituent la durée de vie dans la sphère des dévas des dévas heureux…

« Huit siècles humains équivalent à un jour et une nuit dans la sphère des dévas enchantés par la création… Huit mille de ces années célestes constituent la durée de vie dans la sphère des dévas enchantés par la création…

« Seize siècles humains équivalent à un jour et une nuit dans la sphère des dévas qui inspirent la créativité… Huit mille de ces années célestes constituent la durée de vie dans la sphère des dévas qui inspirent la créativité. Trente de ces jours et de ces nuits font un mois. Douze de ces mois font une année. Six mille de ces années célestes constituent la durée de vie dans la sphère des dévas qui inspirent la créativité. Or, il est possible qu'un homme ou une femme – pour avoir observé cet uposatha aux huit facteurs – au moment de la dissolution du corps, après la mort, renaisse dans la sphère des dévas qui inspirent la créativité. C’est à ce propos qu’il a été dit : « Régner sur les êtres humains est bien peu de chose comparé à la félicité céleste. »


[Les jours d’observance lunaire]

On ne doit pas tuer un être vivant

ni prendre ce qui n'est pas donné.

On ne doit pas mentir

ni consommer alcool ou drogues.

On doit s'abstenir de relations sexuelles,

Ne pas manger après midi,

Ne pas se parer de bijoux ou de parfums,

Dormir sur un lit bas et s’asseoir sur un tapis posé au sol.

Car le Bouddha a déclaré que cet uposatha aux huit facteurs

mène à la fin de toutes les souffrances.


La lune et le soleil, tous deux beaux à voir,

Apportent leur rayonnement partout où ils vont,

Dispersent les ténèbres à mesure qu’ils évoluent dans l’espace,

Éclairent le ciel, illuminent les quarts de la terre.

En eux se trouvent des trésors :

perle, cristal, béryl,

pierre porte-bonheur, platine, pépite d’or,

et l’or raffiné appelé hataka.

Pourtant, comme la lumière de toutes les étoiles

comparée à celle de la lune,

Ces trésors ne valent pas le seizième

de l'uposatha aux huit facteurs.


Alors quiconque – homme ou femme –

doté des vertus de l'uposatha aux huit facteurs,

Ayant accompli des actes méritoires

qui engendrent le bonheur,

Au-delà de tout blâme,

Avance vers l'état céleste.



1 Le Bouddha a expliqué ailleurs que ces personnes sont les nobles disciples qui ont atteint les quatre degrés d’Éveil et les quatre fruits qui leur correspondent.


2 Dans la cosmologie bouddhique, il existe 31 sphères d’existence. Les êtres humains sont à la 5ème. Au-dessus d’eux se trouvent les sphères des dévas. Celles qui sont mentionnées ici vont de la 6ème à la 11ème, elles sont liées au monde des sens, comme le monde humain, mais comportent plus de joie et de liberté.


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Comment vivre l’Uposatha (jours de lune)
dans notre société moderne

Pour faire suite au Muluposatha Sutta, AN 3.70


1) Ne pas vivre les renoncements de cette journée comme des frustrations, en imaginant d’avance comment on « compensera » le lendemain.

2) Pratiquer – en méditation mais aussi dans la journée – un Uposatha qui convient à sa nature :

- en évoquant les vertus du Bouddha, du Dhamma ou du Sangha, selon les affinités ;

- en évoquant ses propres vertus et en souhaitant continuer à les développer ;

- en évoquant les vertus de ceux qui se sont réincarnés dans les sphères heureuses des dévas, et en souhaitant les émuler.

3) Observer les huit préceptes pratiqués en monastère, en les adaptant si nécessaire.

Les préceptes ordinaires des laïcs que l’on maintient :

- S’abstenir de tuer, de voler, de mentir, de consommer alcool et drogue.

Les préceptes renforcés pour l’occasion :

- S’abstenir de paroles oiseuses, dures ou médisantes.

- S’abstenir de relations sexuelles.

- S’abstenir de distractions (radio, télévision, spectacles, musique, mots croisés, etc.) pour réorienter régulièrement l’attention vers l’intérieur.

- Éviter de chercher à s’embellir, à plaire, à se faire remarquer (vêtements, bijoux, parfums, etc.).

Les préceptes que l’on peut adapter à notre société :

- Après le repas de midi (quelle que soit l’heure à laquelle il se termine), on ne prend plus de repas à proprement parler mais il est possible, dans l’après-midi ou en soirée, de consommer des boissons, y compris des jus de fruits, voire même des fruits, et du chocolat.

- Éviter de rechercher trop de confort, en méditant allongé ou sur une chaise inclinée, par exemple. Si possible, ne pas s’allonger dans la journée et méditer assis par terre sur un coussin.

- Si on ne peut pas passer toute la nuit en méditation comme on le ferait dans un monastère de forêt, essayer au moins de rester réveillé jusqu’à minuit. Sinon, pas de culpabilité mais on s’endort avec l’Uposatha de la journée ou l’objet de méditation clairement présent à l’esprit.

 Le lendemain, on ne pourra que constater les bienfaits de cette journée. Il s’agit alors de ne pas l’oublier pour poursuivre avec entrain et détermination une semaine après l’autre.